La double image

La double image n’est pas un rébus où il faut découvrir l’oiseau à l’envers, caché dans l’arbre. C’est une complémentarité de l’image par d’autres, qui se substituent les unes aux autres : et pas seulement un effet d’optique dû au hasard.

Lecture d’un tableau :

A la première impression, le spectateur se laisse sensibiliser par les couleurs, l’ambiance, le rythme des formes et presque instantanément, il découvre le sujet du tableau. Au deuxième regard, la curiosité attire l’œil sur des ensembles dynamiques et une exploration minutieuse des détails peut commencer. Après avoir mémorisé ces différents ensembles, un recul est nécessaire pour passer des sens instinctifs à une réflexion globale où la culture et la connaissance commencent le déchiffrage. C’est la confrontation entre l’œuvre et l’espace. La lecture d’un tableau à double, voire à triple images, oblige le spectateur à une gymnastique oculaire et intellectuelle plus complexe, parce que l’artiste joue avec ses symboles mêlés à des anecdotes allégoriques où toute son imagination explose de toute part dans une ambiance précise où la température et les ombres contrastent la lumière, qui permet le rêve poétique.

Le tableau devient le miroir de l’âme en symbiose avec l’esprit du spectateur. Ce miroir du rêve éveillé excite les fantasmes et bascule la réalité dans l’irrationnalité concrète.

Le poète concrètise l’immatériel par ses couleurs, ses formes, son dessin.

« Imaginez un piano doté de soixante quinze mille sons. Telle est la situation du peintre » Salvador Dali.

Expliquons la lecture d’une double image de trois manières différentes.

Premièrement, la curiosité amusante : le spectateur reste fasciné par surprises des inventions bizarres (Arcimboldo). C’est un divertissement décoratif et anecdotique, illustrant les saisons, les métiers, par des animaux, personnages, fleurs, poissons ou même paysages.

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Deuxièmement, les allégories intellectuelles ( ou mettre la logique du visible au service de l’invisible). Imaginez un fondu enchaîné de deux diapositives où les deux images se superposeraient ; donc deux images différentes qui en composeraient une troisième. La troisième est une image de synthèse, les deux autres sont des images complémentaires. Cette technique est employée pour réaliser des métamorphoses. (Zeus en cygne, métamorphose de Narcisse, ou Toréro hallucinogène de Salvador Dali).

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Troisièmement, la transfiguration métaphysique. Transfiguration : changement d’une figure en une autre. Métaphysique : après la physique (Platon), caractère abstrait. Il traduit la vision de l’homme qui se sépare de la nature par son aptitude à en déchiffrer ses mystères, à en révéler ses secrets. L’homme dépasse l’impasse du moi (ex la transfiguration, les apparitions). C’est la double voire la triple image visualisée en trois et quatre dimensions.

La troisième dimension : c’est la distance à laquelle il faut s’écarter du tableau, pour cesser de voir les éléments apparents et appréhender l’ensemble.

La quatrième dimension serait le temps d’observation et l’adaptation pour franchir la distance à la transformation de l’image sous le regard : jouer avec le temps, l’espace et la mémoire provoquant l’imagination suscitant l’émotion, révélant l’écho sublime, capter la lumière éphémère d’un mirage illuminé, dans une magistrale ellipse.

double image transfiguration métaphysique

(La mort du père, dans le paysage toute forme devient anthropomorphique, à l’effigie obsessionnelle du père. Les plans se dédoublent pour signifier les âges successifs. Les barques sont là pour indiquer le passage.)

De nos jours, l’artiste peut s’exprimer sans contrainte morale, religieuse ou politique, il exagère, escamote, il ment, exploite le terrorisme intellectuel, s’assied dans le confort de l’escroquerie mentale, puisque les critiques, conservateurs, marchands fonctionnent dans le même sens. Aujourd’hui, l’artiste est un homme libre… La liberté n’est-elle pas le choix des contraintes? Il est sans doute regrettable que l’abandon du « métier » (dessin, technique, habilité) au profit de la rapidité pour une plus grande production, ait amené la création « dite artistique » au chaos (visiter les musées d’art moderne). Nous sommes loin de la « vraie forme et leur raison, et de l’obstinée rigueur » de Léonard de Vinci.

Se faire des amis, c’est être un commerçant ; se faire des ennemis, c’est être un poète (Montherlant). Peintre ne craint pas la perfection, tu n’y parviendras jamais (Salvador Dali).

L’artiste invente des nouvelles méthodes d’esprit, choisit un nouveau système de référence pour créer une nouvelle pensée visionnaire, et inspire les hommes vers de nouveaux horizons qui transforment le monde. Les sciences nouvelles, la compréhension du monde de l’infiniment petit à l’infiniment grand, permettent au créateur d’anticiper l’avenir. La peinture, c’est la trans-substantation éroticomystique de la matière en inspiration qui s’écoule au bout de mon pinceau.

L’inspiration, c’est l’instinct et l’intuition nourrit par la connaissance.

Xavier DEGANS, Novembre 1987.

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